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INTERVIEW / MIEUX CONNAÎTRE LE CRESFED ET L’UN DE SES MEMBRES FONDATEURS, SUZY CASTOR PDF Imprimer Envoyer

CRESFED


• Secteur (s) : Social

• Zone (s) d’intervention: Ouest, Nippes, Sud-Est, Grand’Anse, Sud

• Groupe (s)-cible (s): Paysans, étudiants, élus locaux, jeunes leaders

• Source (s) de financement : UE, BID, Medico International, MLAL, Fonds Catalan, Action de Carême Suisse, Collectivités Ile de France, Cités Unies France

• Siège (s) de l'intervenant: 10, Rue Jean-Baptiste Canapé-Vert , Port-au-Prince, Haïti
Tél. : 3914 2938 / 3914 2967
Courriel : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Web: www.cresfed-haiti.org

Cet extrait d’une longue interview de notre collaborateur, François Pierre Jeanco, avec deux responsables du CRESFED, nous permet d’explorer la mission, les objectifs et les activités de ce Centre de référence qui s’est imposé dans l’histoire de la lutte pour la démocratie dans le pays. On y retrouve le profil et l’itinéraire de Suzy Castor, écrivain, historienne, personnalité faisant partie des ressources intellectuelles et politiques de grand calibre du pays.

________

E-L.- Nous recevons Mme. Suzy Castor et M. Gary Jourdan, deux responsables du CRESFED. Commençons avec Mme. Suzy Castor. Quelle fonction occupez-vous au CRESFED ?

S.C.- Je suis Directrice du CRESFED depuis 10 ans.

E-L.- Et vous, M. Gary Jourdan ?

G.J.- Je suis Gary Jourdan, coordonnateur du projet ‘’Cités Unies de France’’, au CRESFED.

E-L.- Parlez-nous un peu de vous, de votre formation ?

G.J.- J’ai étudié les sciences sociales à l’École Normale Supérieure (ENS). Par la suite, j’ai étudié les langues, spécifiquement la diffusion du Français à l’Université de Rouen. J’ai aussi un DEA en langues, civilisation et humanité, dans le cadre des études du français et des langues étrangères à l’Université Antilles-Guyane. Récemment, j’ai décroché une maîtrise en géographie, à l’Université Paris 8.

E-L.- Pour l’instant, nous nous intéressons au CRESFED. Pouvez-vous définir ce sigle pour nous Mme. Castor ?

S.C.- CRESFED signifie : Centre de Recherche et de Formation Économique et Sociale pour le Développement.

E-L.- Nous aimerions savoir pour commencer, comment a été créé le CRESFED et qui l’a fondé.

S.C.- Le CRESFED a été fondé en juillet 1986, année de la chute de la dictature des Duvalier. Toute une équipe d’haïtiens exilés à l’étranger était revenue au pays. L’équipe qui a créé le CRESFED revenait surtout du Mexique. On s’était rendu compte que la formation était vraiment indispensable à cette époque et qu’un centre de formation correspondait à une nécessité. On a pensé aussi à un centre de recherche parce qu’on était tous des professeurs d’Université, avec la pratique des recherches. C’est ainsi que Gérard Pierre-Charles, Marc Romulus et moi, nous avions mis sur pied le CRESFED, pour se mettre au pas avec le mouvement démocratique qui se développait en Haïti. Puis, d’autres personnes en Haïti ou qui revenaient aussi de l’étranger ont collaboré à cette démarche, pour former la première équipe du CRESFED. Depuis lors, on travaille, on se développe.


E-L.- Quel est le statut légal du CRESFED ?

S.C.- Légalement, le CRESFED est une fondation à but non-lucratif. En ce sens, c’est une association.

E-L.- Parlez-nous de sa structure ?

S.C.- On a une direction générale, une administration et aussi des directeurs de projets correspondant à diverses unités. Par exemple, on a des Unités chargées de la planification, de la formation et de recherches, de la communication et de la diffusion. Tous ces responsables de sections forment la gouvernance du CRESFED.

E-L.- Pouvez-vous préciser pour le public d’ENFO-LIEN les objectifs de ce Centre ?

S.C.- Dès le début, au Centre, on ressentait le besoin de comprendre les principales problématiques du pays, le fonctionnement de celui-ci, parce que sans cette compréhension on ne peut avoir aucune prise sur la réalité. Ainsi donc comprendre en premier lieu le fonctionnement du pays socialement, économiquement, a été l’un de nos objectifs. Notre deuxième objectif a été de partir de cette connaissance pour susciter des débats. On venait à peine de renverser une dictature qui s’était installée pendant longtemps dans le pays, avec de très graves conséquences sur notre société. On ne pouvait discuter que clandestinement sous le régime dictatorial, ou bien on n’avait aucune occasion de le faire. Le CRESFED initialement s’était donné pour objectif de participer aux débats pouvant contribuer à une vie démocratique dans le pays. On avait également besoin de former sur le plan aussi bien théorique que pratique tous ceux qui travaillent pour le développement du pays. On a essayé de travailler autour de chacun de ces objectifs à différents moments, mais jusqu’ici ils orientent nos actions.

E-L.- Pour réaliser ces objectifs, le sigle CRESFED indique déjà vos principales interventions. Mais pouvez-vous en détailler quelques-unes.

C.S.- Depuis notre fondation nous mettons l’accent sur les recherches en sciences sociales dans le pays en général. Nous voulions travailler sur des aspects en relation avec : la démocratie, les droits humains, l’éducation, la décentralisation, le développement local, la question de genre, la paysannerie, pour acquérir une véritable connaissance du pays. Par le biais de nos recherches et de nos formations, nous voulions accompagner le peuple dans cette quête pour trouver son chemin. Comme précisé antérieurement, la recherche constitue un élément clé nous permettant de comprendre pour agir.

E-L.- Pouvez-vous résumer pour nous les résultats les plus importants de ces recherches effectuées de 1986 à nos jours et préciser leur utilité pour le pays.

S.C.- C’est une belle et grande question. En posant comme objectif de contribuer aux débats (nous disons contribuer parce que beaucoup de gens apportent leur contribution et affrontent pas mal de difficultés ; j’en profite pour saluer leurs efforts), le CRESFED est devenu un vrai centre de débats. Même dans les moments les plus difficiles durant la ‘’période de transition’’, le CRESFED est toujours resté fidèle à son option. Ses portes ont été toujours ouvertes et tout le monde pouvait y venir pour échanger. On a donc accordé une grande importance au débat depuis 1986. Ensuite, en matière de réalisation, on a beaucoup de publications. On a beaucoup semé, on ne sait pas où exactement et jusqu’où cela va arriver, mais nous pensons que ces dernières ont servi et serviront à frayer le chemin que nous cherchons. Et elles ont un impact sur la formation de beaucoup de gens qui travaillent au CRESFED.

E-L.- Considérons maintenant cette autre intervention: les formations. M. Gary Jourdan, pouvez-vous nous en parler un peu.

G.J.- La formation au CRESFED, comme souligné par Suzy Castor, constitue un élément très important. On a déjà travaillé tant dans l’éducation formelle que dans l’éducation non formelle.

Pour l’éducation formelle, par exemple, on a délivré un diplôme d’étude supérieure en décentralisation, gouvernance locale et en développement, en 2006-2007. Mais on travaille beaucoup plus dans le non formel qui vise : les élus locaux, les étudiants, les membres d’organisations, les communautés de base, les femmes, les jeunes leaders et aussi les formateurs.


E-L.- Quel (s) type (s) de formation dispensez-vous ? S’agit-il de cours dispensés aux étudiants ou des séminaires, des conférences... ?

G.J.- Pour les élus locaux, il s’agit souvent de séminaires organisés dans le cadre d’un projet à réaliser. Des séances de formation sont organisées sur des thèmes bien spécifiques, comme la décentralisation. Pour les leaders d’organisations de base, elles sont axées sur le renforcement organisationnel, la problématique du genre. Quand on travaille avec les paysans ou de jeunes leaders, comme à Fonds-Verrettes par exemple, on peut les axer sur le leadership.

E-L.- Qui sont les formateurs ? Un staff spécial du CRESFED ou bien d’autres ressources engagées au besoin?

G.J.- Le CRESFED dispose d’une équipe de formation. Mais, pour des thèmes bien spécifiques pour lesquels on ne dispose pas de compétences, on fait appel à des collaborateurs qui nous apportent leur aide.

E-L.- Parlez-nous des résultats obtenus ?

G. J.- Ils ne sont pas toujours palpables. Par exemple, si on a travaillé avec une organisation dans le but de le renforcer et qu’on parvient à le faire, il s’agit là de résultats clairs. Mais d’autres résultats liés à des interventions visant la promotion de la démocratie, le développement de la conscience citoyenne, sont moins palpables. Dans ces cas, on peut parler de résultats, quand des gens témoignent que c’est grâce au CRESFED qu’ils ont reçu la formation sur la question de la démocratie.

E-L.- Pour ce qui a trait à la dynamique communautaire, comment faites-vous ce travail ? Dans quelle zone ? Quels sont vos objectifs ? Et en avez-vous dressé un bilan?

G.J.- La dynamique communautaire a été adressée par le CRESFED pour donner suite aux demandes qui ont émergé dans le cadre des formations dispensées un peu partout dans le pays. Pour aider les gens, les encadrer, on a été amené à considérer cette intervention pour que ceux-ci puissent prendre leur destin et leur communauté en main, en vue d’améliorer leurs conditions de vie. On a des cas intéressants, par exemple à Léogâne, où l’on a assisté la communauté dans le cadre d’un projet ; à Grande Rivière, où ils ont pu prendre en main un centre qui fonctionne aujourd’hui sans l’appui du CRESFED. On a renforcé des organisations qui n’ont pas eu de statut légal, qui n’ont pas su quelle procédure suivre. Nous avons accompagné des gens qui ont eu seulement l’idée de monter une organisation.

E-L.- Parlons à présent des publications. Beaucoup de gens pensent qu’au CRESFED on peut trouver tous les documents. Pouvez-vous signaler vos plus grandes publications ?

G.J.- On a beaucoup de publications. Nous pouvons citer ‘’RENCONTRE ‘’, une revue qui vise à analyser de façon impartiale les réalités sociales, nationales et internationales. Elle contribue également à la formation démocratique des citoyens et à défendre les valeurs humaines. On peut dire que RENCONTRE embrasse tous ceux qui ont une vision progressiste. Sa première parution remonte à 1989. On est aujourd’hui à notre 31e édition.

E-L.- Est-elle une revue hebdomadaire, mensuelle ou annuelle ?

G.J. Elle ne paraît pas régulièrement. Mais idéalement, on a deux (2) parutions par année.

E-L.- Possédez-vous vos propres moyens d’impression?

G.J.- Dans le temps, le CRESFED possédait sa propre imprimerie pour préparer la revue et d’autres publications. Mais, malheureusement, en 2001, on a perdu ces matériels. Maintenant on est obligé de payer les services d’impression.


E-L.- M. Gary Jourdan, quelles sont les zones d’intervention du CRESFED ? Et les résultats obtenus?

G.J.- Le CRESFED est censé faire des interventions dans tous les départements du pays ; mais pour l’instant on est surtout présent dans les départements de l’Ouest, des Nippes, du Sud ’Est et de la Grand ’Anse, particulièrement à Abricots où l’on construit le lycée de cette commune.

Quant aux résultats, nous pensons que le CRESFED est parvenu à influencer la question démocratique par le biais de ses publications, des gens formés et aussi des débats organisés dans notre local. On peut encore mentionner en termes de bilan : la réalisation em 2004 du plan de la Ravine des Gonaïves, avec ‘’Ile de France’’ ; le plan de développement communal d’Aquin, avec un de ses projets financé par l’Union Européenne (UE), actuellement en cours à Frangipane. On a aussi le plan de développement de Fonds-Verrettes. Ce ne sont là que quelques-unes de nos réalisations concrètes. Quant aux publications, n’en parlons pas. Nous avons à notre actif beaucoup de publications : des livres, des cahiers, des livrets sous plusieurs formes.

E-L.- M. Jourdan, à part le bureau central du CRESFED à Port-au-Prince, avez-vous d’autres bureaux dans d’autres régions du pays?

G.J.- On n’a pas des bureaux en province de manière formelle, mais dans chacune de nos zones d’intervention, nous avons une représentation sur place. C’est le cas pour Jacmel, Aquin / Frangipal. Ces ‘’bureaux’’ durent le temps des projets.

E-L.- Nous allons aborder maintenant un point délicat : le rapport du CRESFED avec l’OPL (Organisation du Peuple en Lutte). Certains pensent que ce Centre est une branche de l’OPL, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

S.C.- C’est une question vraiment intéressante. En réalité, l’OPL est un parti politique et le CRESFED, une institution, une fondation autonome non lucrative, comme précisé antérieurement. Certaines personnes perçoivent justement le CRESFED comme un bras de l’OPL parce que, que ce soit Gérard Pierre Charles, Marc Romulus ou moi-même, nous sommes à la fois, fondateurs de l’OPL et fondateurs du CRESFED. Mais au fait, qu’en est-il ? Dès le départ, l’autonomie du CRESFED par rapport au parti politique a été une réalité. Le CRESFED a toujours été une zone ouverte, non partisane. On peut retrouver des objectifs communs avec l’OPL ou d’autres organisations ou même d’autres partis. Mais il a toujours été une institution où tous les courants de pensée sont accueillis, où les débats peuvent se faire. Nous nous sommes développés comme institution et c’est ce qui explique que nous avons pu fonctionner durant si longtemps. Nous pouvons avancer comme preuve le fait que le personnel du CRESFED n’est pas de l’OPL. Par exemple, M. Jourdan n’est pas de l’OPL et ceci a été une politique que nous avons toujours menée. Moi, je suis de l’OPL, cependant au CRESFED, je n’ai pas une attitude partisane.

E-L.- Cette perception n’a-t-elle pas été à la base de l’incendie du CRESFED par des ‘’politiciens’’ ? Pouvez-vous nous en parler, parce qu’on se rappelle que le Président Aristide vous avait même dédommagés par la suite…

S. C.- En 2001, le pays traversait un moment difficile, très difficile. Les ‘’chimères’’, les partisans d’Aristide, le 17 décembre 2001, avaient incendié les maisons de bon nombre de chefs de parti. Entre autres, celles de Benoit, de Gérard-Pierre Charles, la mienne, celle d’Hubert Deronceray. Au fait, il s’agissait de gens qui ne partageaient pas la même idéologie. À part les résidences privées, ils avaient aussi incendié à l’époque les sièges des partis et de 2 centres culturels, l’Institut Français et le CRESFED. Certainement, c’était lié à cette perception. Mais il n’y avait pas que cela. C’était comme une rage pour punir certaines personnes. Moi, ce jour-là, je l’ai toujours dit, mes trois « tours » sont tombées. La première, c’était le parti ; la 2e, ma maison et la 3e, le CRESFED. Dans l’histoire du CRESFED, le 17 décembre a été un jour vraiment noir, pas seulement pour nous, mais pour tous les haïtiens, parce que le CRESFED a été totalement détruit : les ordinateurs, nos bureaux, tout ce qu’on possédait. Ils ont pillé, brûlé, cassé. Au moins, nous, on s’en est remis. Mais certaines pertes demeurent irréparables, particulièrement celle du lot de matériels sur l’évolution d’Haïti durant la dictature, sur toute la résistance. Ceux-ci ont été conservés minutieusement, parce qu’on ne les avait pas considérés comme des biens personnels mais plutôt comme patrimoine d’Haïti qui aurait pu un jour être confié à une bibliothèque publique. Tous ces documents ont disparu. Il faut souligner qu’au cours de la journée porte ouverte organisée au CRESFED le 18 janvier 2002, il a été vraiment émouvant de voir le nombre imposant de gens qui ont fait le déplacement pour apporter leur appui et affirmer leur réprobation. C’était pour nous comme une réparation.


E-L.- Quels rapports existe-t-il entre le CRESFED et d’autres Centres établis dans le pays ?

S.C.- Dès la fondation du CRESFED, on a cherché à établir des relations avec toutes les Institutions existant dans le pays. Dans le temps, il y en a eu beaucoup ; des mouvements paysans, ouvriers, pour la plupart. Ces derniers temps, nous avons travaillé avec des Institutions comme le GRIEAL (Groupe de Recherches d’Intervention et d’Éducation Alternative), CTPEA (Centre de Techniques de Planification et d’Économie Appliquée), GARR (Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés), POHDH (Plate-forme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains), CFRDL (Centre de Formation et de Recherche en Développement Local) dont nous faisons partie avec le GRIEAL et le CTPEA. En outre, dans le cadre de toutes nos activités, on a toujours travaillé avec les collectivités locales, car nous devons respecter les autorités locales. Certaines fois, on mène des activités ponctuelles avec les Ministères de l‘Intérieur et des Collectivités Territoriales, de l’Agriculture, de la Planification. Et la coutume naturellement, quand on arrive dans une zone, on travaille avec toutes les institutions pour avancer et réaliser les objectifs fixés.

E-L.- Le CRESFED établit-il des relations avec d’autres centres de recherche internationaux ? Si oui, dans quels pays se situent-ils ?

S.C.- Au début, quand on a lancé le CRESFED, l’un de nos objectifs était de rapprocher Haïti de l’Amérique Latine, parce que l’Amérique Latine et Haïti sont deux frères qui vivent en désunion. On a beaucoup travaillé avec des latino-américains qui ont été invités à donner des conférences sur des thèmes spécifiques à eux. On a octroyé des bourses pour l’Amérique latine à des étudiants. On a entretenu des relations privilégiées avec le Mexique, particulièrement avec l’Université du Mexique où nous avons étudié, sans omettre des groupes mexicains. On a développé des relations avec le Centre Universitaire de la Havane, celui du Panama, du Chili et dans toute l’Amérique Latine, surtout par le biais de FLACSO (Faculté Latino-américaine de Sciences Sociales). On a aussi des relations avec des pays d’Europe, particulièrement à travers des collectivités territoriales françaises telles que la Région de l’Ile de France ou bien les Cités Unies de France, des collectivités territoriales en Espagne et au Canada ... Donc on essaie d’élargir notre horizon. Pour Haïti, en plus des institutions locales, on s’est tourné vers la diaspora, car il n’y a pas que le CRESFED qui travaille. Dans beaucoup d’autres institutions du pays, les gens se défoncent. Il faut vraiment conjuguer tous ces efforts pour former un faisceau en vue d’aboutir aux résultats espérés.

E-L.- Mme. Castor, on comprend que le CRESFED a beaucoup travaillé, mais où avez-vous trouvé les ressources pour réaliser vos activités ?

S.C.- On a eu plusieurs types de financement, antérieurement et actuellement. On a obtenu pour quelques projets des fonds d’institutions internationales comme l’Union Européenne (UE), la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Des fondations internationales telles que : Medico International, MLAL (Mouvement Laïc d’Amérique Latine), Fonds Catalan , des organisations non gouvernementales (ONG) telles que Action de Carême Suisse, nous ont aussi aidés, de même que des collectivités territoriales, comme signalé précédemment.

E-L.- Avez-vous rencontré des difficultés ?

S.C.- On fait face à de grandes difficultés, parce que les conséquences de la crise se font sentir au niveau du CRESFED tout comme dans beaucoup d’autres institutions haïtiennes. Actuellement, on n’a aucun financement institutionnel, ni local ni international. On peut constater que l’accès aux financements est devenu très difficile pour des associations haïtiennes comme le CRESFED. Nous sommes à un stade de réflexion pour voir comment faire une reconversion pour avancer. Je pense qu’il serait très important que les ONG, fondations et autres institutions haïtiennes se réunissent pour voir collectivement ce qu’on peut faire pour assurer notre avenir. Car, il ne s’agit pas d’un problème individuel. C’est un problème collectif, qui par conséquent exige une réflexion collective.


E-L.- Mme. Castor, quelles sont les perspectives du CRESFED en termes de projets ?

S.C.- Nous allons continuer nos projets. Nous travaillons actuellement à Jacmel et dans d’autres endroits. Nous espérons susciter plus de participation citoyenne, plus de prise en charge de la part de la population, plus d’actions pour la construction de la démocratie dans le pays. Je peux vous dire qu’on a maintenant huit (8) publications à paraître sur des thèmes vraiment très importants pour le pays, tels que : l’État, la société, l’aménagement du territoire, l’éducation de qualité pour tous, les relations haïtiano-dominicaines, etc… Cet entretien avec ENFO-LIEN m’a permis d’apprécier que nous avons déjà une cinquantaine de publications, sans compter celles réalisées périodiquement à travers la revue ‘’Perspectives’’ devenue plus tard ‘’Rencontre’’. Actuellement nous avons un numéro de ‘’Rencontre’’ en préparation. On compte donc continuer dans cette direction pour atteindre nos objectifs.

E-L.- Dans le souci de mieux vous faire connaître Mme Suzy Castor, vous qui représentez une référence dans le milieu intellectuel, politique, pouvez-vous apporter pour le public d’ENFO-LIEN quelques précisions sur votre formation académique et politique ?

S.C.- Ma formation de base, au plan académique, je l’ai reçue en Haïti, comme je le répète souvent. Après mes études secondaires à Lalue (chez les Sœurs), j’ai été formée à l’École Normale Supérieure (ENS) où j’avais à l’époque de très bons professeurs. Je peux citer entre autres : Leslie Manigat, Paul Moral. Ma promotion avait vraiment une formation de base et bénéficié d’un suivi vraiment très favorable. Immédiatement après l’ENS, je suis partie au Mexique et c’est là que j’ai continué ma formation académique en préparant une maîtrise en études latino-américaines qui représentait une discipline nouvelle au début des années 60. J’ai eu la chance d’avoir en plus de professeurs mexicains d’autres venus du Brésil, de Costa Rica, de l’Argentine. Après cette maîtrise, j’ai préparé un doctorat en histoire. J’ai continué cette trajectoire en rentrant à l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM) comme professeure où j’ai poursuivi toute ma carrière. J’ai commencé comme professeure dans les échelons les plus bas jusqu'à devenir professeure de plus grande catégorie. J’ai eu la chance d’enseigner aux niveaux de la maîtrise et du doctorat. J’ai eu l’avantage de créer le Centre d’Études Caribéennes à l’UNAM, qui correspondait vraiment à un besoin à ce moment, vers la fin des années 70. Ce qui a constitué un réel apport à l’UNAM.

E-L.- Parlez-nous maintenant de votre parcours politique.

S.C.- Mon parcours politique, en définitive, a été très lié, il faut le dire, au parcours de Gérard Pierre- Charles. J’avais déjà une certaine sensibilité sociale en classe de Philosophie (terminales), et, dans les premières années de l’École Normale, ma rencontre avec Gérard Pierre Charles, m’a initiée dans un autre monde, celui de la militance. Avec lui, j’ai commencé à fréquenter des organisations qui prenaient naissance à l’époque. Il m’a surtout mise en contact avec les résultats des réflexions du Parti d’Entente Populaire (PEP), devenues le Manifeste du Parti d’Entente Populaire. Je n’ai pas participé à ces réflexions, mais, sans être membre de ce parti que lançait Jacques Stéphen Alexis, j’ai pu lire ce Manifeste et suivre au fur et à mesure la progression des idées de son fondateur qui travaillait en collaboration avec des jeunes tels que : Gérald Brisson, Charles Adrien Georges, Gérard Pierre-Charles. Je suis partie très tôt, en 1958. À mon arrivée à Mexico, j’ai continué à maintenir le contact avec ces membres du PEP. Par la suite, Gérard Pierre-Charles, a dû débarquer à Mexico où j’ai eu avec lui une militance beaucoup plus grande. Persécuté, il a été forcé de quitter Haïti. J’étais devenue automatiquement une exilée, moi qui étais partie comme étudiante. J’étais plongée dans toute une autre série d’activités pour établir des liaisons entre l’extérieur et l’intérieur et construire ce réseau de camarades qui faisaient le va-et-vient. Donc, c’était une période d’intenses activités politiques alors que la dictature montrait davantage chaque jour ses dents. À partir de 1968, le PEP et le Parti Populaire de Libération Nationale (PPLN) avaient formé le PUCH (Parti Unifié des Communistes Haïtiens). C’est vraiment une histoire qui mérite d’être connue, cette longue marche du mouvement de gauche en Haïti, du mouvement antidictatorial constitué à cette époque de 2 partis de gauche qui fonctionnaient dans le pays. Mais peu de temps après, ce fut la grande répression. Beaucoup de gens sont morts de façon héroïque. Et cette militance a continué sous diverses formes ; nous avions beaucoup travaillé dans la construction de passerelles entre plusieurs groupes à l’extérieur et la résistance interne, en coordination avec le groupe du Canada. Puis, en 1986, je suis retournée en Haïti, le 9 mars, date inoubliable. Depuis lors, je suis en Haïti sur la brèche, en passant par les coups d’État, les divers gouvernements, et en participant activement à tout le mouvement démocratique.


E-L.- Êtes-vous toujours active politiquement?

S.C.- Comment être en Haïti et ne pas être active politiquement ? Évidemment, on ne peut pas mener les mêmes activités qu’avant. Mais quand-même la situation haïtienne nous prend tous à cœur et personne ne peut rester en dehors de cette quête de solutions, de voie. On est là, on cherche aussi avec tout ce peuple qui cherche.

E-L.- Et au sein de l’OPL, avez-vous toujours une activité ?

S.C.- Oui, je suis membre de l’OPL. Je ne suis peut-être pas dans les activités, mais j’y suis.

E-L.- Comme femme ayant reçu toutes ces formations, quelle est votre position par rapport au mouvement féministe en Haïti ? Êtes-vous directement impliquée dans ce mouvement ?

S.C.- On ne peut pas être progressiste sans apprécier les mouvements féministes, parce que la question de la femme se retrouve au cœur de toutes les questions démocratiques, de toute question de changement dans le pays. Par conséquent, c’est une question primordiale. Je n’ai jamais appartenu à un mouvement de femmes, mais je partage leurs préoccupations et je suis imbue de toute la problématique des femmes en Haïti. Je crois qu’il faut dire que les mouvements féministes ont payé un lourd tribut d’une part et de l’autre, c’est peut-être le mouvement social qui a jusqu’à présent le plus de continuité, malgré ses difficultés de cohésion.

E-L.- Pour finir, quels sont vos rêves?

Est-ce qu’on peut vivre sans rêve ? C’est l’un des aspects importants dans la lutte qu’on mène. On lutte pour que tout le monde puisse rêver. Mais cela ne doit pas être un rêve éthéré, un voyage dans les nuages. Il y a des rêves personnels, mais dans l’état où se trouve le pays, je ne pense pas qu’une personne puisse séparer son rêve personnel du rêve collectif, en rapport au pays, à la nation haïtienne. À mon âge maintenant, je ne pense pas voir la réalisation de mes rêves mais au moins je rêve d’un pays engagé dans la voie de la satisfaction des grandes revendications du peuple, un pays où tous les haïtiens se sentiront haïtiens, une société où des gens ne vivent plus dans cette précarité, où chaque haïtien assume qu’il est un citoyen ; un pays capable d’assurer sa propre survie, de produire pour vivre de ses ressources propres, pour que chaque haïtien se sente dans un pays autonome. Ce sont là les rêves que j’ai pour Haïti.

E-L.- Au plan personnel, intellectuel, quel est votre rêve?

S.C.- Tout ce que j’ai mentionné est politique. J’ajouterai au point de vue académique qu’on parvienne à avoir une Université où un groupe de gens, de professeurs, de jeunes penseront à forger une pensée critique, une pensée d’avenir pour le pays, en vue de la réalisation de nos rêves.

E-L.- Mme. Suzy Castor, votre dernier mot ?

S.C.- Comme dernier mot, vu la situation actuelle du pays, tout le monde, indépendamment de l’âge, et plus particulièrement les jeunes, nous devons mettre la main à la pâte pour que le rêve d’avoir un pays puisse se concrétiser.

E-L.- Et vous M. Jourdan, pour le CRESFED et pour le pays, quels sont vos rêves?

G. J.- Notre rêve pour le CRESFED, c’est de continuer la lutte initiée, faire la promotion de la démocratie dans le pays, travailler pour que les gens vivent bien. Mon rêve pour Haïti n’est pas différent de ce qu’a exprimé Mme Castor. Je rêve d’un pays indépendant, autonome, sur les plans social, économique ; un pays qui permette à ses fils d’aller de l’avant.

E-L.- M. Jourdan, un dernier mot pour le public d’ENFO-LIEN ?

G. J.- On remercie ENFO-LIEN pour cet entretien et notre rêve pour Haïti, c’est de voir qu’on a un pays responsable où chaque haïtien connaisse ses droits et devoirs et travaille pour un meilleur avenir.

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Trad. YGD / RD

 

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TERRE, EAU, SEMENCES, ENVIRONNEMENT, CHEMINS DE LA VIE - MOBILISATION DU MPP : JOUR DE L’ENVIRONNEMENT

MPP

À l’occasion du 5 Juin, journée internationale de l’environnement, depuis quelque temps, le MPP (Mouvement Paysan de Papaye), en collaboration avec d’autres organisations paysannes, se mobilise sur la question des semences indigènes et la biodiversité en général. Le 5 Juin 2010, le MPP avait organisé une grande manifestation contre Mosanto qui avait fait don au gouvernement haïtien de semences de maïs hybrides ou OGM (organismes génétiquement modifiés) ; un cadeau empoisonné visant à éliminer les semences locales. Cette marche avait rassemblé plus de 20,000 paysans venus des quatre coins du pays.

Chaque année, le MPP entreprend des activités pour rafraîchir la mémoire sur les semences indigènes dont les paysans sont dépositaires, pour les mettre au service de l’humanité.  Ce sont les paysans et les peuples indigènes qui doivent gérer ces semences pour produire les aliments sains devant nourrir les populations de la planète. Aujourd’hui, les multinationales de l’agrobusiness veulent dépouiller les paysans de ce bien. Et nous autres, nous luttons contre cette machine. Nous défendons le droit à la production et l'utilisation de ces semences.

Les 4 et 5 Juin 2014, au Centre national de formation de cadres paysans de Papaye, les organisations membres du CLOC, de Via Campesina, en l’occurrence le MPP, le MPNKP (Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye), TK (Tèt Kole), avec la participation de KROSE (Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est), lanceront une grande mobilisation sur le thème : TERRE, EAU, SEMENCES, ENVIRONNEMENT, CHEMINS DE LA VIE.

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Conférence sur la République démocratique du Congo et Haïti: Pour la Sagesse et la Paix

ASSOCIATION DUCHAMPS-LIBERTINO

ASSOCIATION DUCHAMPS-LIBERTINO pour l'encouragement de la Sagesse et de la Paix dans le Monde

CONFÉRENCE DE MARTINE LIBERTINO LE 29 AVRIL 2014

S'affranchir des émotions dans les programmes d'éducation pour la paix et dans l'aide au développement

Bilan et perspectives en République Démocratique du Congo et en Haïti

Le mardi 29 avril 2014 à 19h

Maison des Associations

Salle Rachel Carson

15, rue des Savoises • 1205 Genève

(de la gare : Tram 15 et bus 1)

Entrée libre

Réservation au 022 751 11 20 ou par courrier électronique ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) jusqu'au lundi 28 avril.

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Pensées sociales

« À entendre le langage utilisé par les gouvernants haïtiens et les décideurs internationaux pour dire les objectifs de la reconstruction du pays, on pourrait croire qu’un projet de société neuve était en train de prendre forme dans leur imaginaire, que la vieille société d’inégalité et d’injustice s’était effondrée avec le séisme et dans leur tête »
Franklin Midy, sociologue, février 2010

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