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DOCUMENTAIRE / LE SERVICE ’’LAJAN CASH’’ DE LA BNC : DES TRANSACTIONS FINANCIÈRES AU MOYEN DU TÉLÉPHONE PDF Imprimer Envoyer

Lajan Cash


• Secteur (s) : Finances

• Zone (s) d’intervention : Aire métropolitaine, Port-au-Prince / Objectif : tout le pays

• Groupe (s)-cible (s) : détentrice de téléphones portables entrepreneurs, population en général

• Source (s) de financement : BNC (Banque Nationale de Crédit)

• Siège (s) de l'intervenant: 
Siège central – 103, Angle rues des Miracles et du Quai
Port-au-Prince, Haïti
Tél. : 2816 0080 / 2814 0380
www.bnconline.com

Une exploration en vue de connaître ce nouveau produit financier, LAJAN CASH, et la technologie qui a facilité sa mise au point. Axé sur l’utilisation du téléphone mobile, il a été lancé le 24 Mai 2013 par la BNC (Banque Nationale de Crédit) dans la logique de l’accumulation économique. Mais son évolution dépend de l’interaction entre différents acteurs sociaux et peut causer certains impacts positifs sur des problèmes tels que la centralisation des services bancaires de base, l’insécurité sociale liée aux vols, braquages …

__________

 

Dans le contexte économique difficile de l’après-séisme de 2010, la BNC (Banque Nationale de Crédit), banque commerciale, propriété de l’État haïtien, s’est évertuée à lancer plusieurs nouveaux produits. Le dernier en date, LAJAN CASH, prend une autre dimension en alliant cette fois-ci une approche financière à une autre nouvelle technologie de la communication : le téléphone mobile. Le téléphone portable se retrouve partout dans le monde, y compris en Haïti où de jour en jour sa pénétration au sein de la population s’amplifie. On parle déjà de plus de 4 millions de gens disposant d’un appareil dans le pays.

 

La BNC et ses nouveaux produits

Avant d’aborder dans les détails le programme LAJAN CASH, jetons un coup d’œil sur la BNC.


Lajan Cash

Cette banque dispose aujourd’hui d’un capital social de 1 milliard 500 millions de gourdes et de 34 succursales à travers le pays. Rappelons qu’elle a été en faillite, dilapidée. Elle doit sa relève à la réforme conduite par Guiteau Toussaint assurant sa direction en 1999. Déjà moins de dix ans après, en 2007, elle a été classée 3e sur la liste incluant les banques privées en tête de peloton sur le marché. Ce qui a inspiré le slogan : LE MÊME NOM, UNE AUTRE BANQUE. Après l’assassinat de Guiteau Toussaint en 2011, M. Jean-Philippe Vixamar a été nommé à la tête du nouveau Conseil d’Administration. Celui-ci occupait le poste de Vice-président au sein du Conseil précédent, aux côtés du défunt. Officiellement, le public n’a jamais été informé des résultats de l’enquête sur ce crime. Toutefois, la nouvelle équipe, depuis son installation, s’efforce de continuer le travail dans la droite ligne tracée par ce réformateur. Elle tient encore haut le flambeau hérité en maintenant l’institution à la 3e position dans le classement des institutions bancaires sur le marché, avec même une tendance à occuper la seconde position, si l’on tient compte que ceci a été le cas durant les 6 premiers mois de 2012.


M. Vixamar, actuel président du Conseil d’Administration, présente de façon succincte les différents produits lancés par la BNC après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 :

‘’Merci à ENFO-LIEN pour nous avoir offert cette opportunité de parler des produits et services que la BNC met à disposition des clients. Chaque jour, nous faisons des efforts pour en offrir et améliorer sans cesse leur qualité, en vue de satisfaire les besoins de notre clientèle.

Après le tremblement de terre, nous avons lancé KAY PA M. Il faut souligner que le lancement d’un produit n’est pas une opération spontanée. Il faut un temps de préparation pour le concevoir, le mettre en place et le lancer. Il y a 2 ans, c’était le 19 juillet 2011, nous avions lancé le KAY PA M, qui évolue. Nous travaillons pour le faire avancer plus vite, afin d’avoir plus de clients et de pouvoir satisfaire beaucoup plus de demandes en matière de logement.

Un autre projet mis sur pied après le tremblement de terre, c’est le programme de crédit au bénéfice des petites et moyennes entreprises de production et de transformation, lancé à Maïssade, le 24 janvier 2013. Cette expérience-pilote couvre 4 départements géographiques: le Nord-Est, le Centre, les Nippes et la Grand’Anse. Au fur et à mesure que nous développons le PRO-CRÉDIT, crédit aux petites et moyennes entreprises, nous apprenons de ce programme pilote. Nous ne pouvons pas l’étendre d’un coup à l’ensemble du territoire national, mais il marche aussi. Nous nous concentrons sur les entreprises de production et de transformation. Ce qui le rend plus lent dans son développement. La majorité des petites et moyennes entreprises s’adonnent plutôt aux activités de commerce ; et, nous ne voulions pas nous lancer dans le commerce du premier coup, parce que, en tant que banque publique, notre mission est d’appuyer le développement de l’économie nationale. Nous évitons donc de nous lancer dans le financement d’activités qui importent trop des produits de l’extérieur. Nous mettons plus l’emphase sur les biens produits dans le pays, à partir de matières premières locales.

Et le 3e produit que nous avons lancé le 24 Mai 2013 - celui-ci est très récent- c’est un programme de banque à distance, de banque mobile, que nous appelons LAJAN CASH. LAJAN CASH, c’est faire du téléphone portable utilisé par les gens un porte-monnaie électronique, une banque mobile, une banque à distance qui leur permet d’effectuer plusieurs transactions telles que : faire des achats, faire des retraits, faire des dépôts, puis acheter et vendre. Donc, c’est ce que nous promouvons aujourd’hui.’’

En considérant ces derniers produits, il est évident que LAJAN CASH constitue une initiative qui prouve la détermination de l’équipe dirigeante de la BNC à promouvoir l’avancement de cette institution, même si tout ne marche pas à la perfection.

Technologie appropriée et banque mobile

La technologie qui consiste à utiliser le téléphone cellulaire pour effectuer des opérations financières, depuis plus de 10 ans, a été déjà développée dans plusieurs pays étrangers, dans de grands pays capitalistes, tout comme dans des pays périphériques dépendants. Plusieurs types ont été répertoriés.

Un technicien haïtien vivant à Miami, assurant la vente en ligne d’ordinateurs de bureau, de téléviseurs, de laptops et autres, explique comment, dans son milieu, le téléphone permet de faire des transactions financières :

‘’Je m’appelle Augustin Genelle. Je vis à Miami depuis plus d’une dizaine d’années. J’ai fait mes études primaires et secondaires au Petit Séminaire Collège St-Martial, à Port-au-Prince. J’ai fait l’école technique en Haïti et j’ai eu l’opportunité de voyager pour recevoir une formation en Europe, spécialement aux Pays-Bas, dans le domaine de la logistique. Maintenant mon travail est surtout axé sur les ordinateurs et le système de sécurité. Il y a à peu près une dizaine d’années depuis que je suis au courant de la disponibilité de cette technologie, mais elle n’était pas encore développée à ce point. Au début, elle n’utilisait pas le téléphone. On mettait sur le marché un appareil qui lisait la carte de crédit, et quand vous la glissiez, le paiement s’effectuait par ligne téléphonique. Puis, elle a évolué, spécialement durant ces 5 dernières années, pour être remplacée par un système qu’on peut utiliser directement sur son téléphone. On ouvre un compte en banque ou dans une institution financière et l’on vous donne ce système. Il s’agit d’un petit appareil à connecter à une extrémité du téléphone, là où on a l’habitude de brancher le ‘headphone’. On glisse la carte du client et c’est tout ce qu’on a à faire. Ce petit appareil a une forme très plate. Il est extrêmement léger et on peut le mettre dans sa poche. Il a deux rebords et une fente au milieu pour glisser la carte seulement. Ici, on l’appelle un ‘card reader’. Quelqu’un qui n’a pas de carte de crédit et qui se souvient de son numéro de compte, peut donner les informations au commerçant, tels que le numéro du compte et la transaction à faire. Le commerçant rentre ces données manuellement sur son téléphone. S’il dispose d’une carte de crédit ou de débit, le commerçant glisse cette carte dans le creux de l’appareil adapté à son téléphone et la transaction se fait sur place automatiquement. Ici, à Miami, j’ai mon propre magasin, si la personne ne peut pas aller sur mon site Internet pour faire une transaction, elle m’appelle et je la réalise pour elle, avec mon téléphone.’’


Il faut noter que, dans les gros pays capitalistes, la majeure partie de la population est bancarisée (Plus de 90% par exemple pour les États-Unis, la France et l’Allemagne en 2008). Les gens circulent toujours avec leurs cartes pour faire des dépenses ou acheter à crédit ; et les technologies axées sur l’utilisation du téléphone pour les transactions financières tiennent compte de cette réalité.

Par ailleurs, Augustin est aussi au courant d’autres technologies similaires adaptées aux pays peu bancarisés. Il nous en fait part :

‘’On s’enregistre auprès d’un agent et on dépose d’abord avec son téléphone - encore chez un agent- un certain montant sur son compte, par exemple 20 dollars. Quand on arrive auprès d’un marchand ou de n’importe quel commerçant pour acheter, on peut utiliser son téléphone. Le commerçant, dès qu’il met les infos qu’on lui fournit dans son système, il verra que la transaction qu’on veut faire avec 5 dollars, peut passer, de même pour 10 dollars.. Si on a déposé 100 dollars et qu’on veuille acheter pour 200 dollars, on vous dira Non ; la transaction ne peut pas passer. Ce système est utilisé en Afrique, surtout dans les pays où il n’y a pas de structures bancaires bien établies comme ici. En réalité, on n’a pas besoin d’un tel système aux États-Unis. En Haïti, Oui. On en a besoin, parce qu’on n’a pas de structures bancaires, de systèmes de communication bien établis. Toute une série d’infrastructures nécessaires sont absentes.’’

M. Vixamar, président du Conseil d’Administration de la BNC, précise comment pour le programme LAJAN CASH, ils ont décidé de suivre l’exemple africain.

‘’Aujourd’hui, le monde est devenu un grand village. Quelque soit ce qu’on lit en termes de revues ou de journaux, ou bien quand on va sur Internet, on verra que ce phénomène s’est déjà développé dans plusieurs pays. Et, dans certains pays d’Afrique, il est très avancé. Prenons en exemple le Ghana, où les gens utilisent couramment leur téléphone comme un porte-monnaie, comme une banque, pour faire des transactions. En observant les expériences qui se font particulièrement dans les pays d’Afrique, on a réalisé que les haïtiens sont déjà gagnés par la question de téléphone. Le téléphone se trouve déjà dans la poche de tout le monde. Aucun effort n’est à déployer pour en distribuer. Tout le monde l’utilise. Il est connu de tous. Donc, pas besoin de s’inquiéter pour ceux qui ne savent pas lire et écrire. Les gens composent des numéros, transfèrent, font la recharge de leur téléphone. Ils font déjà des transactions qui permettent l’utilisation du téléphone comme une banque à distance, comme un porte-monnaie électronique.’’

Toutefois, M. Vixamar reconnaît que la BNC n’est pas la première institution à aborder la question de la banque mobile dans le pays. Deux compagnies de téléphone ont déjà tenté de le faire (Digicel et Voilà). Il souligne les démarches entreprises par la BNC pour trouver la technologie appropriée, en vue de devenir la première banque du pays à rendre un tel service disponible sur tout le territoire haïtien.

‘’Au moment de concevoir le projet de banque mobile, de banque à distance et de porte-monnaie électronique par le biais de téléphones cellulaires, auquel nous n’avions encore attribué aucun nom, nous avions manifesté notre préférence pour une gestion directe de la Banque, à l’opposé de l’option mettant en avant une compagnie de téléphone. Donc, cela a pris plus de temps parce qu’il fallait trouver, aussi bien sur le plan local qu’à l’étranger, des partenaires disposant de la technologie que nous recherchions pour l’exécuter. Finalement, nous avons trouvé un partenaire en France ayant une filiale en Haïti, détenteur d’une technologie très adaptée : la compagnie dénommée TAGATTITUDE. Celle-ci possède une patente pour le matériel nécessaire et l’utilisation du son de téléphone permettant de monter la banque mobile, la banque à distance. Elle est représentée en Haïti par une filiale portant le nom d’HAITI PAY. Nous avons ainsi établi avec elles un partenariat gagnant-gagnant, i.e. nous partageons l’ensemble des risques et les succès du programme. Bien entendu, nous achetons des services, des matériels qui resteront pour la Banque en fin de parcours. Mais, en vertu de notre partenariat, elles nous donnent de l’encadrement technique et assurent la formation du personnel nécessaire. Nous avons eu en premier lieu une phase pilote, qui a fonctionné pendant longtemps, pour tester le programme. C’est seulement après la réussite de cette phase que nous avons décidé de l’ouvrir au grand public. Nous sommes la première banque à initier un programme de banque mobile sous notre leadership et non sous celui d’une compagnie de téléphone.’’


De toute façon, comme nous parlons de banque, en suivant les explications données par M. Vixamar, on peut comprendre l’intérêt des responsables d’une institution financière comme la BNC, pour un tel programme:

‘’Pour la Banque, la compétition sur le marché haïtien est très rude ; elle est loyale mais il faut la faire pour gagner des parts de marché. Les banques doivent résoudre aujourd’hui le problème de l’augmentation et de la diversification de leurs sources de revenus. LAJAN CASH constitue une des réponses. Étant un produit nouveau, avec une grande demande potentielle, parce que beaucoup de gens possèdent un téléphone, il va nous permettre d’augmenter nos revenus. Nous travaillons pour stimuler cette demande et convertir les téléphones en banque à distance ou en porte-monnaie électronique. Ce qui nous apportera des revenus additionnels. Ainsi, sur le plan financier, non seulement nous diversifions nos sources de revenus mais nous tendons également vers l’augmentation de nos revenus.’’

Toujours selon le président du Conseil, ces intérêts financiers sont aussi liés à la nécessité de résoudre un problème qui se pose dans la société haïtienne. Des études ont en effet prouvé que 15% de la population seulement est bancarisée (Financial Access Initiative Research Framing Note, Octobre 2009). Pour expliquer ce fait, on peut incriminer la pauvreté, mais il est vrai également que les services bancaires n’arrivent pas dans tous les coins du pays pour satisfaire la demande potentielle de ceux qui en auraient besoin, comme le souligne M. Vixamar :

‘’Le problème général qu’on cherche à résoudre ici comme ailleurs, est celui de l’accès aux services bancaires. Nous vivons dans un pays de 10.7 millions d’habitants et divisé en 10 départements géographiques. Idéalement, il nous faudrait une banque commerciale dans chaque commune de la république, i.e. au total, 144 succursales. Ce qui est loin d’être la réalité d’aujourd’hui. Les banques commerciales font beaucoup d’efforts pour se déployer dans les dix départements géographiques, mais elles restent dans les chefs-lieux de départements. Les services bancaires en Haïti ont toujours été un phénomène urbain ; donc, discriminatoire, parce que nous avons une population qui vit en majorité dans le secteur rural. Ils devraient être inclusifs. Nous voulons étendre les activités bancaires, sans ouvrir des succursales, dans toutes les villes de province, et les rendre accessibles à un segment plus large de la population. Aujourd’hui, les technologies de l’information et de la communication permettent, à moindre coût, d’apporter les services aux gens. Même de manière limitée, quelqu’un qui est aux Irois, à Thomassique ou à Mont Organisé -pour prendre 3 exemples de communes très éloignées- peut avec son téléphone faire des paiements, des dépôts et des retraits, dès qu’il est affilié à un programme de banque à distance.’’

Ainsi, comme historiquement la BNC a été la première structure bancaire du pays à laisser Port-au-Prince pour apporter ses services à proximité des populations des villes de province, on peut comprendre actuellement que LAJAN CASH constitue encore une autre démarche pour toucher les populations des coins les plus reculés. Dans tout le pays, ce service vise une bonne fraction de la population disposant d’un téléphone portable ; parmi elle, ceux qui utilisent déjà le système bancaire et surtout ceux qui sont en dehors de ce système.

Fort de ces considérations, on peut maintenant passer aux détails sur cette technologie spéciale qui permet à la BNC de mettre sur pied son système de Banque mobile avec le programme LAJAN CASH.

Mme Pascale Élie est responsable de la compagnie HAITI PAY S.A. qui représente en Haïti, depuis 2010, la firme française dénommée TAGATTITUDE. Elle travaille actuellement avec la BNC sur ce programme. Elle est donc bien placée pour faire cette présentation au public :

‘’HAITI PAY dispose d’une technologie appelée NSDT, Near sound data transfer. La traduction française littérale : transfert de données rapprochées. Pourquoi rapprochées ? Parce qu’elle utilise le signal sonore, le son du téléphone. Comme quand on dit « Allo » , un son sort quand on fait une transaction. Ce qui permet de donner des informations sur cette transaction telles que celles relatives à la disponibilité de montant ou à la personne qui fait la transaction. Le signal sonore équivaut à un code qui fournit ces informations. C’est une technologie alternative à celle connue auparavant qui se sert de SMS ou bien de SIM spéciaux pour faire des transactions de banque mobile. Elle utilise plutôt le téléphone, notamment un appel qui est transféré à un serveur qui donne des informations sur le compte de l’utilisateur, son nom ; mais ceci de manière codée, sans répéter le nom de la personne ou son numéro de téléphone. Le code est donc décrypté par un autre serveur et c’est ainsi que la transaction passe. Quelque soit le modèle de téléphone ou le réseau, on peut avoir un compte LAJAN CASH.’’


Après une petite formation dispensée au personnel chargé d’accueillir les clients, les entreprises désireuses d’utiliser cette technologie, bénéficient d’un petit appareil mobile appelé POS, rechargeable électriquement. Tous les appareils distribués sont reliés à une structure d’opération comme le fait savoir Mme Élie :

‘’Le Centre d’appel ne sera pas logé à la rue des Miracles. Il sera plutôt quelque part à Babiole. Les serveurs ne se trouveront pas non plus à la rue des Miracles, parce qu’on ne peut pas mettre tous les équipements au même endroit pour que, en cas d’interruption, tout ne soit pas affecté en même temps. Donc, on dispose d’un serveur dans la zone métropolitaine et en même temps d’autres aux États-Unis et en France. Toutes les données qui parviennent sur le serveur d’Haïti sont en même temps sauvegardées sur les serveurs étrangers. Et cela se fait en boucle.’’

Cette technologie permet de sécuriser au plus haut point l’argent des utilisateurs. On ne peut pas perdre son argent comme on ne perd pas son numéro de téléphone en cas de vol de son portable. Mme Élie le précise bien :

‘’Grâce au niveau de sécurité que nous mettons sur la plate-forme, celle-ci enregistre le numéro de SIM de l’utilisateur et lui demande son code secret. Ainsi, quelqu’un qui est détenteur d’un compte LAJAN CASH peut perdre son téléphone. La personne qui retrouve l’appareil et qui va tenter de faire une transaction ne réussira pas si elle n’a pas le code secret, appelé PIN. De même, si elle prend le SIM et l’insère dans un autre appareil, elle ne pourra pas non plus faire de transaction, si elle n’a pas le PIN.

Notre niveau de sécurité est élevé à un point tel que nous pourrions connecter notre plate-forme à n’importe quelle plate-forme de banque aux États-Unis. Nous avons déjà l’autorisation pour cette connexion avec d’autres installations bancaires étrangères ; opération garantie par les standards certifiés ISO 5803.’’

Grâce à cette technologie, on peut réaliser plusieurs opérations avec n’importe quel téléphone portable, en passant par des agents, des commerçants détenteurs d’un POS ou bien par le biais d’Internet. Désormais, on n’utilise pas seulement le téléphone portable à des fins de communication. On peut régler plusieurs autres affaires avec cet outil. Car, on peut déposer de l’argent sur son compte téléphonique pour acheter, payer des dettes, ses abonnements, l’écolage de ses enfants, ou bien octroyer des gratifications. On peut recevoir sur son téléphone : son salaire, de l’argent prêté, des petits dons d’argent, etc…

Structure du réseau LAJAN CASH

Quelle structure donner au Réseau LAJAN CASH pour permettre à un grand nombre de personnes de bénéficier d’un tel service ?

Après plus de 6 mois de travail pour préparer le lancement de ce programme, LAJAN CASH a finalement démarré. Le coup d’envoi a été donné le 24 mai 2013, à l’Hôtel OASIS de Pétionville. L’échafaudage de ce Réseau s’opère d’abord dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince avant d’être étendu au reste du pays. Des démarches déjà entreprises dans l’Artibonite préfigurent cette extension.

La charpente de ce réseau repose sur 3 catégories d’acteurs entretenant des rapports entre eux. Il s’agit : des agents, de ceux qui utilisent leur téléphone pour des transactions financières, et des commerçants.


 

Les Agents

Le terme ‘’Agent’’ réfère aux lieux où ceux qui veulent utiliser le service LAJAN CASH vont s’inscrire, i.e. ouvrir un compte sur leur téléphone. Chez ces agents, on peut également effectuer le retrait de la somme déposée, en tout ou en partie. On peut y faire aussi les transferts.

En attendant que le réseau d’agents soit bien constitué, M. Jonathan Bélizaire, Responsable de LAJAN CASH à la BNC, indique où l’on peut aller s’inscrire quant à présent pour pouvoir acheter chez les commerçants qui ont adhéré au programme, déjà en fonction :

‘’Les succursales de la BNC constituent la première base d’inscription. Nous en avons 14, affiliées à LAJAN CASH, dans la zone métropolitaine. Toutes, elles offrent ce service.’’

Mais, les responsables travaillent activement avec une Compagnie spéciale pour mettre en place un réseau d’agents autorisés, en vue d’éviter aux clients de se rendre obligatoirement à une succursale de la BNC pour avoir accès au service LAJAN CASH. Sur chaque transition, ces agents autorisés reçoivent de la BNC une commission.

M. Bélizaire expllique pourquoi les responsables de la BNC prennent tout leur temps pour choisir ces agents autorisés, selon les règles fixées par la Banque Centrale (BRH) relatives à la Banque mobile.

‘’Les conditions pour devenir agent autorisé sont fixées par la Banque centrale. Celui-ci peut être une personne physique ou morale. Pour la personne physique, premièrement, elle doit avoir un domicile connu. Elle ne doit pas être quelqu’un sous un parapluie derrière une petite table, qu’on voit aujourd’hui quelque part et qui est retrouvé demain dans un autre endroit ou bien qu’on ne revoit plus ; deuxièmement, cette personne doit être intègre. Elle doit être un notable, i.e. tout le monde doit la reconnaître. Elle ne doit pas être interdite de chéquier ni avoir déclaré faillite. Elle doit avoir un casier judiciaire vierge, i.e. n’avoir aucune histoire de problèmes avec la justice, ne pas avoir été antérieurement condamnée à une peine afflictive et infamante. Et enfin, il faut qu’elle dispose d’un espace approprié, i.e. d’un endroit où le client qui vient faire une transaction peut se sentir en toute sécurité. Nous avons donc des critères à respecter, parce que, il faut comprendre qu’un agent autorisé de LAJAN CASH offre un produit qui appartient à la BNC et en tant que banque, cette dernière a son image à sauvegarder. Si un client ou un utilisateur se trouve confronté à un problème chez un agent autorisé, on ne tiendra pas compte de cet agent. La Banque centrale attribuera la responsabilité à la BNC. Voilà pourquoi nous sommes obligés de respecter toutes les normes prescrites.

Pour le moment, nous sommes à la phase de sélection. Beaucoup de gens viennent se proposer comme agent autorisé. Mais il nous faut déterminer s’ils répondent aux critères fixés par la Banque centrale. Dans les prochains jours, tout le monde verra clairement les endroits où nous avons ces agents autorisés parce qu’il y sera placé des enseignes, puis nous publierons la liste dans les journaux et à la radio. Tout le monde pourra les identifier. Nous tardons encore à les officialiser, parce que nous voulons donner aux gens un service de qualité. Nous voulons d’abord être sûrs et certains qu’ils sont des gens intègres, correspondant au profil de personnes à qui nous pouvons confier l’image de la BNC.’’

La BNC envisage de déployer sur le marché 1,000 ‘’agents autorisés’’ en Octobre 2013. Ce sont ces derniers qui doivent se multiplier partout pour que cette banque mobile devienne une réalité. Ce qui diminuera les longues files observées dans les succursales de la BNC et, quelque soit la banque considérée, ceci évitera aux gens d’aller traîner pour faire le retrait ou déposer des montants destinés aux dépenses quotidiennes.

Ce réseau d’agents autorisés n’est pas loin de se matérialiser, si l’on tient compte de ce que nous en dit un représentant de la firme dénommée TOTAL COMMUNICATION :

‘’Au nom de l’entreprise TOTAL COMMUNICATION, je salue le public. Mon nom est Buna Docteur, manager du magasin TOTAL COMMUNICATION de la rue panaméricaine (Pétionville) et responsable technique en informatique de tous les magasins de cette firme. Nous vendons des téléphones et nous donnons d’autres services pour la Compagnie Digicel. Mais, en réalité, nous ne sommes pas une compagnie de la Digicel, nous sommes plutôt un concessionnaire qui vend des services.

LAJAN CASH est une sorte de service que la BNC offre à tous les clients, qu’ils pourront utiliser à travers leur téléphone mobile. Pour nous, agent, ils peuvent nous solliciter pour faire des transferts, des dépôts, des virements... Notre personnel a été formé pour donner le service aux clients dans les différents magasins de TOTAL COMMUNICATION suivants : rue Panaméricaine (Pétionville), rue Grégoire (Pétionville), Champ-de-Mars, Delmas 40 B, Delmas 33, Croix-des-Bouquets, Carrefour Marassa et Shada. Quelque soit où ils arrivent, ils n’auront pas besoin de quelqu’un de spécial pour faire une transaction. N’importe quel employé peut les servir. Nous sommes donc prêts à délivrer les services, mais nous attendons que la BNC publie la liste des agents autorisés.’’


 

Les utilisateurs

Il faut ensuite signaler que les gens qui utilisent l’argent à partir de leur téléphone, pour leur part, représentent la clef de voûte de cette stratégie ; parce que, sans les demandeurs de service, les agents ne seront d’aucune utilité.

Lors du lancement de LAJAN CASH, le 24 mai 2013, 150 personnes, appelées ‘’utilisateurs’’ ont fait partie d’un réseau de démonstration. Elles étaient pour la plupart des employés de la BNC et des gens appartenant au circuit de HAITI PAY. Certains d’entre eux avaient, la veille, essayé d’acheter au moyen de leur téléphone au supermarché GIANT à Pétionville et de transférer un peu d’argent à d’autres personnes.

Mais, 2 mois après ce lancement, plus de 1,000 personnes ont été enrôlées, principalement au cours des activités de foire. Cette tâche n’est pas facile, mais la Banque se met en quête de plusieurs grandes institutions pour arriver à enrôler en Octobre 2013 autour de 30,000 clients de LAJAN CASH.

Suivez les propos d’un client qu’ENFO-LIEN a rencontré dans une de foire sur la gestion des affaires à St Louis de Gonzague :

‘’Je suis psychologue. Bien entendu, j’ai aussi étudié l’entreprenariat parallèlement. Mais, je suis plus entrepreneur que psychologue. Actuellement, j’ai un compte BNC sur mon téléphone. L’entrepreneur, lui, est quelqu’un d’avisé surtout quand il s’agit d’argent. Il cherche toujours à manipuler moins d’argent. Voilà pourquoi je suis toujours enclin à participer à tout type de programme qui m’empêche de circuler avec de l’argent dans ma poche. Il y avait Tcho tcho mobile de la Digicel et même un autre. La différence, c’est que la BNC dispose de plusieurs succursales. Si on ne peut pas trouver un point, on peut toujours passer dans une succursale directement pour faire la transaction désirée.’’

Selon la structure du réseau, pour avoir accès à LAJAN CASH on peut s’adresser à une succursale de la BNC ou plus facilement, à un agent autorisé.

Au niveau d’ENFO-LIEN, nous nous sommes adressés à une succursale de la BNC à Pétionville pour l’inscription. Voici comment cela s’est passé :

L’inscription est gratuite. On réclame une pièce d’identité : la carte nationale d’identification, le permis de conduire ou un passeport. Cette pièce est photocopiée et on vous fait remplir (ou bien on remplit pour vous) un dossier bien simple dans lequel on porte : le nom complet du client, le nom complet de sa mère, son numéro de téléphone et sa signature. Ces informations sont ensuite enregistrées dans l’appareil appelé POS. Puis, on vous demande de marquer directement sur celui-ci un code secret constitué de 4 chiffres. Dès qu’on reçoit le téléphone après vérification du numéro, on trouvera un message disant qu’on est enregistré à LAJAN CASH et on verra également le numéro du code secret choisi. Mais, attention ! N’oubliez pas d’effacer ce message sur le téléphone pour éliminer le code (le PIN), les 4 chiffres, pour éviter l’utilisation du compte par une autre personne qui serait en possession de l’appareil ou bien pour l’avoir prêté ou bien pour l’avoir récupéré en cas de perte.

L’inscription une fois achevée, on pourra déposer, à n’importe quel moment et selon ses moyens, un montant minime ou substantiel, sur ce compte créé qui est lié à son téléphone. On ne paiera également aucun frais. Mais, on ne pourra pas déposer plus de 60,000 gourdes par mois, tout comme on ne pourra pas dépenser plus de 10,000 gourdes par jour.

‘’La limite, nous ne l’avons pas fixée à la BNC. C’est encore la Banque centrale qui fixe combien d’argent quelqu’un peut utiliser via son téléphone par jour : un montant de 10,000 gourdes par jour par transaction et 60,000 gourdes par mois par transaction. Pourquoi la Banque centrale le conçoit-elle ainsi ? Étant donné qu’elle mène la lutte contre le blanchiment de l’argent, elle veille à ce que la banque mobile ne devienne pas un outil qui renforce cette pratique. Donc, à des fins de contrôle, elle fixe une limite de 10,000 gourdes par transaction par jour et 60,000 gourdes par transaction par mois.’’


Les commerçants

Avec de l’argent disponible sur son téléphone, dès qu’on veut acheter, on peut se rendre chez n’importe quel commerçant qui offre le service LAJAN CASH. Il existe déjà, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, un réseau de commerçants. Lors du lancement, le 24 Mai 2013, on en comptait une dizaine. Deux mois après, la liste compte plus d’une douzaine. Ils attendent les clients qui veulent acheter au moyen de leur téléphone. Le responsable du programme à la BNC, M. Bélizaire, indique les localités où ils se trouvent :

‘’Pour le moment, nous nous concentrons sur la zone métropolitaine où nous établissons nos bases. Nous sommes à Kenscoff, Péguyville, Carrefour, Fontamara, Delmas, Pétionville, en Plaine, Croix-des-Bouquets. Chaque jour nous augmentons nos points d’ancrage pour pouvoir couvrir toute cette zone.’’

Il en profite également pour préciser où l’on aura accès à cette liste de commerçants :

‘’On va la trouver sur le site de la BNC, dans les succursales de la BNC, dans tous les journaux édités dans le pays et dans toutes les radios qui ont la publicité LAJAN CASH.’’

À noter que ces commerçants sont choisis par la BNC avec qui ils signent un contrat. La Banque leur donne un ou plusieurs appareils et elle initie des membres de leur personnel à l’utilisation de ces derniers. Sur le volume des transactions opérées quotidiennement liées aux achats par téléphone, la Banque perçoit sur le compte de ces commerçants des frais inférieurs à ceux en vigueur pour les achats faits par les clients avec leur carte de crédit.

Sur quelle base ont été choisis les commerçants, déjà prêts à recevoir les clients ?

Voici les détails fournis par le responsable du programme:

‘’Nous privilégions (pour le moment) des clients de la Banque que nous avons repérés à partir de la base de données disponible. Puis, nous avons été leur offrir le produit et ils l’ont accepté. Mais, le programme est ouvert à tous ceux qui remplissent les conditions pour devenir commerçants. Et, il faut comprendre que tout commerçant affilié à LAJAN CASH devient automatiquement un client de la Banque, parce que, pour être payé, un virement sera fait sur son compte à la BNC.’’

ENFO-LIEN a visité plusieurs de ces commerçants faisant partie du réseau LAJAN CASH. Suivent quelques opinions tirées des deux premiers entretiens réalisés.

Premier commerçant:

‘’Moi, je suis Patrick Nara, propriétaire, PDG de Royal Market à Pétionville. Je suis en Haïti depuis très longtemps et je suis né ici. Mes parents sont ici depuis très longtemps également et sont basés à Pétionville. Le programme LAJAN CASH est très important et pourrait être très intéressant pour la population, pour la clientèle. Mais celle-ci devrait bien le comprendre. Nous sommes un client de la BNC qui était venue nous introduire le produit. Nous l’avons trouvé intéressant et nous avons pensé qu’il conviendrait aussi au client. Nous l’avons ainsi intégré à ROYAL MARKET. Nous nous attendons éventuellement à ce que plus de clients l’utilisent. Dès lors, nos chiffres d’affaires augmenteraient et il faciliterait le client qui n’aurait plus à circuler avec du cash. Si les gens peuvent trouver des points de vente où ils peuvent mettre facilement de l’argent sur leur compte à partir de leur téléphone et passer après n’importe où pour acheter, en plusieurs endroits où l’on accepte LAJAN CASH, au fur et à mesure il deviendra accessible. Et ce sera dès lors une question d’adaptation au système, mais il faut qu’on mette ces infrastructures sur place.’’


Deuxième commerçant :

‘’Mon nom est Stéphana Bouloute. Je fais partie du staff VIP de DELMAS 2000, département store, où l’on peut trouver tout ce dont on a besoin ; que ce soit des articles de maison, des vêtements ou des produits de supermarché. Oui, nous avons le service LAJAN CASH à DELMAS 2000, qui a commencé depuis environ 1 mois ½. Pour moi, c’est un très bon service, bien qu’il ne soit pas encore trop actif. Nous n’avons pas encore d’importants achats effectués par des utilisateurs de LAJAN CASH, mais il y en a. Mais, je pense qu’au fil du temps, cela se fera. Je conseille donc aux gens de toujours passer ici s’ils ont besoin d’informations ou bien s’ils veulent utiliser le service.’’

À ENFO-LIEN, nous avons aussi fait l’expérience d’achat. On n’a qu’à se rendre chez un commerçant et demander si on peut payer avec son téléphone. Si le commerçant est membre du réseau LAJAN CASH, on achète et on remet à la caisse les articles choisis. On vous demande votre numéro de téléphone. On le fait sonner pour vérification. Puis, on le rapproche du POS qui sort un reçu de LAJAN CASH pour la transaction effectuée. On peut tout de suite après lire sur le téléphone un message précisant : le nom du magasin, le montant de l’achat et la balance disponible sur son compte.

Comme pour l’inscription à LAJAN CASH, on ne paie pas de frais quand on utilise son compte téléphonique pour faire des achats.

Lajan Cash

Autres options

LAJAN CASH permet de faire plusieurs autres transactions. On comprendra donc pourquoi les responsables ont évoqué le chiffre de 30,000 clients pour le mois d’Octobre 2013. À part les achats au moyen de son téléphone, les propriétaires de factories, les ingénieurs opérant sur des chantiers, etc…, tous peuvent effectuer leur payroll en transférant l’argent dû, sur le téléphone de leurs employés. Les institutions de prêt peuvent transférer aussi les montants décaissés sur le téléphone de leurs clients.

M. Bélizaire indique comment assurer le payroll ou transférer de l’argent sur le téléphone de ceux qui bénéficient d’un microcrédit pour affaires :

‘’L’entrepreneur qui veut faire son payroll avec LAJAN CASH doit d’abord déposer l’argent sur son compte. Après vérification, je lui permettrai d’avoir accès à son profil à partir d’une option sur le site www.bnconline.com . Avec un clic, il pourra faire la répartition ; par exemple, transférer 10,000 gourdes à quelqu’un, 5,000 à un autre, ainsi de suite, selon la liste dont il dispose.’’


Dans les bureaux où l’on délivre des coupons d’essence à des employés, LAJAN CASH permet de faire de préférence le transfert de l’équivalent en argent sur le téléphone de ces employés :

‘’Si vous voulez que l’argent soit dépensé seulement au niveau des stations d’essence, la plate-forme vous donne une option pour le mettre sur un compte payable seulement dans les stations d’essence. Une autre option est de mettre le montant désiré sur le portefeuille électronique de l’employé, par exemple 5,000 gourdes d’allocation, qu’il peut dépenser comme bon lui semble. Il existe donc deux options : une restrictive et l’autre non restrictive. Mais dépendamment de l’employeur, il va choisir ce qui est intéressant pour lui en tant qu’employeur et pour ses employés aussi, parce qu’il n’aura pas intérêt tout de même à mécontenter ces derniers.’’

Ceux qui veulent collecter de l’argent en provenance d’un groupe de gens, particulièrement les directeurs d’école qui perçoivent des élèves ou des parents des frais d’écolage, les entrepreneurs qui collectent des primes ou qui se font rembourser des dettes, comme ceux des compagnies d’assurance, des coopératives, des institutions de microcrédit, etc…, tous peuvent utiliser le service LAJAN CASH pour recevoir ces paiements par téléphone.

Une autre utilisation de LAJAN CASH consiste à transférer, sur le territoire haïtien, de l’argent sur le téléphone d’autres personnes de son choix. En pareil cas, on paie un frais de 1% sur le montant transféré et un frais fixe de 5 gourdes.

M. Bélizaire explique les procédés pour opérer ces transferts :

‘’Pour transférer de l’argent à quelqu’un, on peut le faire de trois façons. 1) On peut aller chez un agent autorisé ; 2) à partir de son téléphone, on peut composer le 2222 2274 qui donnera toutes les instructions à suivre pour faire le transfert ; 3) à partir de son profil Web. À noter que la personne à qui on transfère de l’argent peut ne pas être inscrit déjà à LAJAN CASH.’’

On peut aussi réaliser le retrait de cash sur son compte au moyen du téléphone. Mais, on n’a peut-être pas trop intérêt à multiplier ce type de transaction, parce qu’on paiera 1% à chaque fois.

M. Bélizaire fait un résumé de tous les frais à payer quand on utilise LAJAN CASH :

‘’Quelqu’un qui vient s’inscrire au programme n’a rien à payer. Quand on vient chez l’agent pour une recharge, i.e faire un dépôt, on n’a rien non plus à payer. Quand on achète chez le commerçant, on n’a rien à payer. On paie seulement un frais quand on fait un transfert à quelqu’un d’autre ou bien quand on fait un retrait de cash. Il s’agit là de la règle générale. Mais dans le cas du payroll, nous menons des négociations avec l’employeur pour savoir comment résoudre le problème des employés qui veulent récupérer le salaire transféré sur leur téléphone.’’

Il existe encore bien d’autres possibilités à exploiter à l’avenir, dans le cadre du programme LAJAN CASH, pour effectuer des transactions, notamment : les transferts de la diaspora en Haïti, la connexion avec les machines ATM, les transferts d’argent de son compte bancaire à son compte LAJAN CASH par internet, les achats sur internet avec son téléphone, etc…


 

Quelques résultats espérés

On peut évoquer quelques résultats pouvant être obtenus avec le programme LAJAN CASH.

Plus ce service est utilisé, plus la circulation monétaire diminuera dans le pays. De même, LAJAN CASH peut entraîner une baisse de tension et de peur chez les gens d’affaires qui reçoivent constamment de l’argent des consommateurs en échange de leurs services, tels que : les commerçants, les directeurs d’école, les assureurs, les sociétaires de coopératives, les propriétaires de restaurants, de pharmacies, de banques de borlette, etc.. Ces derniers n’auront en fait pas besoin de transporter à tout bout de champ des sommes d’argent pour des dépôts en banque avec toute l’insécurité que cela crée. Ceux-là qui vont tout le temps décaisser de l’argent pour assurer le payroll des travailleurs sur des chantiers, des employés des petites entreprises, etc.. seront moins exposés. LAJAN CASH peut diminuer les braquages opérés sur des gens qui circulent dans les rues avec de l’argent fraîchement emprunté et qui attire les larcins. Si ce service arrive à s’imposer partout, les revendeuses obligées de cacher dans leur partie intime ou bien dans leurs cheveux les petits montants prêtés pour l’achat de quelques articles devant alimenter leur petit commerce, pourront éviter les affres des assaillants.

Selon Pascale Élie, les marchandes sont spécialement visées :

‘’C’est le segment du marché qui nous intéresse le plus. Les marchandes représentent vraiment le gros morceau du volume de transactions que nous essayons de capter sur la plate-forme. Quelqu’un qui va au marché de la Croix-des-Bossales et fait des achats, peut payer tout de suite, avec son téléphone, à la marchande qui reçoit le montant au même moment ; et ce, même si celle-ci n’est pas un client de LAJAN CASH (ce que nous essaierons d’éviter). Celle-ci reçoit l’argent et plus loin, elle pourra le récupérer sur son compte en cash, sans aller à la banque, après le marché, dès qu’elle arrive dans une zone ayant moins d’insécurité. Elle peut aussi laisser l’argent sur son compte et aller payer son créancier.

Prenons l’exemple d’un dépôt de cola où un marchand ambulant avec sa brouette vient acheter 3 caisses qu’il met dans sa boîte frigorifique. Il paie sur place avec LAJAN CASH. Et le vendeur, tout de suite, reçoit l’argent sur son téléphone. Il s’agit d’un petit dépôt parce qu’il ne pourra pas faire plus de 60,000 gourdes de transaction. Et quand le camion passe (c’est la BNC qui va mettre cet écosystème en place pour permettre au camion de disposer de l’appareil pour recevoir le paiement), ce dépôt qui a reçu déjà plusieurs paiements de clients avec LAJAN CASH, peut à son tour payer au camion qui vient lui vendre 10 caisses. C’est tout cet écosystème que nous allons mettre en place pour que les transactions soient faciles et intéressantes, depuis le client jusqu'à celui qui reçoit le paiement, au marché de la Croix des Bossales ou dans un supermarché, quel que soit le lieu où ce dernier se trouve.’’

Même dans les maisons où se pratiquent souvent les petits vols domestiques, l’argent de celui qui fait partie du réseau sera protégé, parce qu’il existera virtuellement sur le téléphone et personne ne pourra le dérober.

Quand le réseau LAJAN CASH atteindra les coins les plus reculés du pays, ceux qui ont des parents, des dépendants ou des protégés vivant dans des zones éloignées de leur domicile, auront l’opportunité de leur faire des transferts à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Un autre impact consistera à susciter l’intérêt des gens à avoir une pièce d’identité ou bien à s’initier à la lecture et à l’écriture juste pour se mettre au pas avec cette technologie.

De plus, avec son téléphone portable, on peut avoir un compte, même quand on habite dans un endroit non accessible aux véhicules et même si on ne vit pas sous un toit. Car, LAJAN CASH est différent des comptes bancaires traditionnels qui exigent du client une adresse repérable par les services postaux pour l’envoi par la Banque de rapports réguliers.


 

En guise de conclusion

En définitive, la BNC et son partenaire HAITI PAY peuvent tirer des bénéfices importants de LAJAN CASH. Il en est de même pour la compagnie étrangère qui vend la technologie utilisée et les appareils POS. Les commerçants et les agents autorisés en tireront profit également. Et, cette technologie, une fois répandue, bouleversera profondément le comportement de plusieurs catégories de gens au sein de la société en ce qui a trait à l’utilisation de l’argent. Cette situation s’apparentera à celle créée par l’arrivée du téléphone mobile qui a touché beaucoup de coins du pays où le gros de la population souffre encore de carence des services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau potable, l’électricité, etc…

Selon M. Bélizaire, ‘’il arrivera un temps où la banque mobile deviendra un passage obligé parce qu’il aura fallu se mettre au pas avec la technologie. Il y a de cela dix ans, on ne pensait pas qu’il y aurait une telle évolution dans les services de télécommunication. Autrefois, le téléphone était un luxe, mais maintenant on est obligé de l’utiliser. Dans cette optique, nous utilisons les technologies de l’information pour permettre à tout le monde d’avoir accès aux services bancaires de base.’’

_______

(Texte et trad. : Yanick Guiteau Dandin / quelques interviews : Rachelle Desrouleaux)

 

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TERRE, EAU, SEMENCES, ENVIRONNEMENT, CHEMINS DE LA VIE - MOBILISATION DU MPP : JOUR DE L’ENVIRONNEMENT

MPP

À l’occasion du 5 Juin, journée internationale de l’environnement, depuis quelque temps, le MPP (Mouvement Paysan de Papaye), en collaboration avec d’autres organisations paysannes, se mobilise sur la question des semences indigènes et la biodiversité en général. Le 5 Juin 2010, le MPP avait organisé une grande manifestation contre Mosanto qui avait fait don au gouvernement haïtien de semences de maïs hybrides ou OGM (organismes génétiquement modifiés) ; un cadeau empoisonné visant à éliminer les semences locales. Cette marche avait rassemblé plus de 20,000 paysans venus des quatre coins du pays.

Chaque année, le MPP entreprend des activités pour rafraîchir la mémoire sur les semences indigènes dont les paysans sont dépositaires, pour les mettre au service de l’humanité.  Ce sont les paysans et les peuples indigènes qui doivent gérer ces semences pour produire les aliments sains devant nourrir les populations de la planète. Aujourd’hui, les multinationales de l’agrobusiness veulent dépouiller les paysans de ce bien. Et nous autres, nous luttons contre cette machine. Nous défendons le droit à la production et l'utilisation de ces semences.

Les 4 et 5 Juin 2014, au Centre national de formation de cadres paysans de Papaye, les organisations membres du CLOC, de Via Campesina, en l’occurrence le MPP, le MPNKP (Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye), TK (Tèt Kole), avec la participation de KROSE (Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est), lanceront une grande mobilisation sur le thème : TERRE, EAU, SEMENCES, ENVIRONNEMENT, CHEMINS DE LA VIE.

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Conférence sur la République démocratique du Congo et Haïti: Pour la Sagesse et la Paix

ASSOCIATION DUCHAMPS-LIBERTINO

ASSOCIATION DUCHAMPS-LIBERTINO pour l'encouragement de la Sagesse et de la Paix dans le Monde

CONFÉRENCE DE MARTINE LIBERTINO LE 29 AVRIL 2014

S'affranchir des émotions dans les programmes d'éducation pour la paix et dans l'aide au développement

Bilan et perspectives en République Démocratique du Congo et en Haïti

Le mardi 29 avril 2014 à 19h

Maison des Associations

Salle Rachel Carson

15, rue des Savoises • 1205 Genève

(de la gare : Tram 15 et bus 1)

Entrée libre

Réservation au 022 751 11 20 ou par courrier électronique ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) jusqu'au lundi 28 avril.

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Pensées sociales

« À entendre le langage utilisé par les gouvernants haïtiens et les décideurs internationaux pour dire les objectifs de la reconstruction du pays, on pourrait croire qu’un projet de société neuve était en train de prendre forme dans leur imaginaire, que la vieille société d’inégalité et d’injustice s’était effondrée avec le séisme et dans leur tête »
Franklin Midy, sociologue, février 2010

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